Un jardin sans arrosage, c’est possible ?
Six pistes concrètes pour repenser l’arrosage des jardins
L’arrosage, c’est comme les antibiotiques, c’est pas (forcément) automatique ! Avec les vagues de chaleur et les risques de plus en plus tangibles de voir des arrêtés préfectoraux interdire l’arrosage des jardins, mieux vaut avoir un jardin conçu pour résister aux chaleurs malgré peu voire pas d’arrosage.
Voici six pistes concrètes pour repenser son rapport à l’arrosage et à la conception des jardins.
- Choisir des espèces adaptées
Les premières économies d’eau se font au moment du choix des espèces. En effet, les espèces indigènes, adaptées au climat et aux sols locaux, ont des besoins en eau bien plus modestes que les plantes ornementales horticoles importées de climats plus humides. Elles seront de surcroît plus adaptées aux besoins de la faune locale qui a co-évolué avec elles : elles offrent de meilleures ressources en nectar pour les insectes floricoles, sont plus adaptées aux besoins des chenilles et plus appréciées des oiseaux pour y faire leurs nids.
Les plantes méditerranéennes sont dans cette optique de grandes classiques. Pour les massifs et plantes herbacées, on pense au thym (Thymus vulgaris), au romarin (Rosmarinus officinalis), aux lavandes (Lavandula spp.), aux santolines (Santolina chamaecyparissus), aux immortelles (Helichrysum italicum), aux cistes (Cistus albidus) et aux euphorbes (Euphorbia characias) : des espèces bien adaptées aux contextes de sécheresse et qui résistent bien au manque d’eau.
Côté arbustes, plusieurs essences méditerranéennes typiques se distinguent par leur sobriété hydrique et leur intérêt écologique :
- l’arbousier (Arbutus unedo), dont les fruits comestibles nourrissent aussi la faune sauvage ;
- le myrte commun (Myrtus communis), au feuillage persistant et aux fleurs nectarifères ;
- le pistachier lentisque (Pistacia lentiscus), tolérant à la sécheresse et précieux pour la faune ;
- la phillyrée à feuilles étroites (Phillyrea angustifolia), peu exigeante en eau ;
- le laurier noble (Laurus nobilis), qui supporte les sols calcaires ;
- le nerprun alaterne (Rhamnus alaternus), rustique et adapté aux sols pauvres ;
- le chêne kermès (Quercus coccifera), petit chêne arbustif typique des garrigues, très résistant à la sécheresse.
(D’après le guide « Plantons local » Provence-Alpes-Côte d’Azur, ARBE/CAUE.)
- Faire le deuil de la pelouse verte en été (selon les régions !)
Ne pas arroser sa pelouse, c’est possible… à condition d’accepter qu’elle jaunisse ! Pas de panique, les pelouses jaunies reviennent parfaitement à leur couleur d’origine à la fin de l’été et après quelques pluies : privées d’eau, les parties aériennes se dessèchent pour limiter les pertes, mais les racines et les rhizomes restent vivants sous la surface. Dès le retour des pluies, la repousse est généralement rapide et la pelouse retrouve son vert en quelques semaines, sans qu’il soit nécessaire de ressemer.
Renoncer ou pas à l’arrosage de la pelouse dépend également de votre région. Maintenir une pelouse verte dans le Sud de la France nécessitera forcément un arrosage quotidien plusieurs mois de l’année.
Tondre moins ras, en laissant l’herbe 6 à 8 cm, aide aussi à limiter l’évaporation et à protéger le sol du dessèchement, tout en offrant un peu plus d’abri à la petite faune.
- Pailler systématiquement les massifs
Un sol nu, exposé au soleil et au vent, perd son humidité en quelques heures. Une couche de paillage (bois fragmenté, résidus de broyage, etc.) de quelques centimètres ralentit considérablement cette évaporation, tout en limitant la pousse des herbes indésirables et en protégeant la vie souterraine (vers de terre, champignons, micro-organismes) des écarts de température. Le bénéfice ne se limite donc pas à l’eau : c’est tout l’écosystème du sol qui en profite, avec à terme un sol plus fertile et plus résilient.
- Récupérer les eaux pluviales
Installer un récupérateur d’eau de pluie permet de constituer une réserve d’eau pour l’arrosage. À titre indicatif, on peut estimer le volume récupérable annuellement en multipliant la surface de toiture (en m²) par la pluviométrie locale (en mm) et par un coefficient de pertes d’environ 0,8.
Prenons un exemple concret : une maison avec une toiture de 100 m², pour un jardin d’environ 1 000 m². Avec la formule surface de toiture × pluviométrie × 0,8, le volume récupérable annuellement varie nettement selon la région :
- Dans le Sud (Marseille, pluviométrie moyenne d’environ 550 mm/an) : 100 m² × 550 mm × 0,8 = 44 000 litres, soit 44 m³ par an.
- En région parisienne (pluviométrie moyenne d’environ 650 mm/an) : 100 m² × 650 mm × 0,8 = 52 000 litres, soit 52 m³ par an.
- Arroser au bon moment plutôt que souvent
Bien arroser, ce n’est pas arroser beaucoup : c’est arroser intelligemment.
- Arroser à la plantation, et planter au bon moment (pas en pleine chaleur !). L’automne reste la meilleure période pour installer arbres et arbustes : les températures plus douces et les pluies favorisent l’enracinement avant l’été suivant, et la plante n’a pas à gérer simultanément le stress de la transplantation et celui de la chaleur.
- Arroser tôt le matin ou tard le soir, jamais en pleine journée : l’eau a le temps de pénétrer le sol avant que la chaleur ne la fasse s’évaporer, et le feuillage mouillé en plein soleil peut même brûler les plantes.
- Arroser peu mais en profondeur, plutôt que souvent et superficiellement : un arrosage profond encourage les racines à descendre chercher l’humidité en profondeur, ce qui rend la plante plus autonome à terme. Un arrosage de surface, répété, a l’effet inverse : il maintient les racines près de la surface et donc plus vulnérables à la sécheresse.
- Arroser en cas de coup de chaud pour éviter aux plantes de s’assécher de manière irréversible, en particulier pour les plantations récentes (moins de deux ou trois ans) qui n’ont pas encore développé un système racinaire suffisant pour être autonomes.
- Distinguer arrosage d’installation et arrosage d’entretien : une jeune plantation a besoin d’un accompagnement réel les premières saisons, mais une fois bien enracinée, une espèce adaptée au climat local devrait pouvoir s’en passer, sauf sécheresse exceptionnelle.
- Et enfin… observer !
Il est important d’observer où les plantes se plaisent : certains coins du jardin sont naturellement plus frais ou plus humides, et méritent d’accueillir les espèces les plus gourmandes en eau, quand les zones plus sèches et ensoleillées reviennent aux espèces méditerranéennes.
Il s’agit aussi d’accepter l’installation de plantes spontanées : elles seront automatiquement adaptées aux conditions du jardin, sans besoin d’arroser. C’est aussi un excellent indicateur de la nature du sol et de son niveau d’humidité.
En conclusion
Se passer (presque) d’arrosage n’est pas une contrainte, mais une autre manière de concevoir et de voir le jardin comme un écosystème intégré dans son milieu. Cela demande un peu d’anticipation au moment du choix des espèces et de la plantation, mais l’investissement se traduit rapidement par un jardin plus autonome, plus résilient face aux canicules et aux restrictions d’eau, et plus attractif pour la biodiversité locale.
Rédaction:
Hortense Serret
Responsable Biodiversité